Le roman en ligne… pourquoi ?

Hier, j’ai annoncé que le premier tome des Enfants de l’Ô serait à nouveau disponible en ligne, chapitre après chapitre. La réaction principale a été : pourquoi ? Du coup, je vais donner quelques explications un peu plus poussées que celles qui sont disponibles sur le site.

Quand j’ai lancé le roman en ligne en 2002, j’étais une des premières à faire ça en France. À l’époque, faire un site, ce n’était pas comme aujourd’hui. Il fallait connaître le html, tout construire à partir de rien, d’où probablement la rareté de la chose. Quiconque souhaitait diffuser ses écrits en ligne devait cumuler de nombreuses compétences pour y parvenir. Bref, pendant les premières années, le succès n’était pas particulièrement au rendez-vous. En même temps, internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Pourtant, autour de 2005, quelque chose s’est passé et le roman a commencé à gagner une certaine visibilité. J’ai donc fait les choses un peu plus sérieusement, avec un site plus adapté et une gestion des commentaires plus efficaces que ce que j’avais codé avant. Les lecteurs ont été de plus en plus nombreux, et se sont mis à réclamer une version papier. Après mûre réflexion, j’ai jugé que l’idée n’était pas mauvaise, et j’avais prévu la parution du premier tome au format papier pour 2008. Je comptais beaucoup sur le numérique, alors que la plupart des gens n’y croyaient pas du tout, et me répétaient que ça ne marcherait jamais, que le marché se casserait la gueule. Pourtant, je voyais que les versions numériques des différents tomes étaient de plus en plus téléchargées à mesure que le temps passait.

Malheureusement, en 2007, je suis tombée malade. Tous mes projets ont été quelque peu chamboulés, et le roman est passé au second plan. Il m’a fallu des années pour terminer la saga, pour la retravailler, pour arriver à un résultat qui était à la hauteur de mes exigences. Entre-temps, le train du numérique avait démarré, sans moi. Quand j’ai finalement pu sortir le roman en 2013, après bien des péripéties mais une version qui me satisfaisait, je me suis retrouvée au niveau du numérique perdue au milieu de centaine de milliers d’autres auteurs… Autant dire que la concurrence était rude. Plus on vend, plus on est visible. Plus on est visible, plus on vend. C’est le cercle vicieux. Écrivant dans un genre qui est loin d’être le favori du moment (la science-fiction), je me rends compte qu’attirer de nouveaux lecteurs n’est pas chose facile. Surtout que ma saga n’est pas de la « vraie » SF, mais plutôt de la littérature générale dans un univers futuriste, un peu comme les Enfants de la Terre est de la littérature générale qui se passe à la préhistoire. Pas de chance : les lecteurs qui pourraient aimer mon roman ne s’y intéressent pas à cause du côté SF, et certains lecteurs de SF ne retrouvent pas forcément ce qu’ils aiment dans ce genre littéraire. Au final, c’est un produit de niche, qui marcherait sans doute très bien s’il était un peu plus visible et que les gens se rendaient compte de sa véritable « nature », mais qui pour l’instant se vend au compte-gouttes dans sa version numérique (la version papier se vend mieux).

À l’époque du roman en ligne, j’avais placé un petit script qui me permettait de trier les véritables lecteurs des moteurs de recherche. À partir du moment où le script a été placé et jusqu’au retrait du livre de mon site, un peu plus de 10 000 téléchargements du premier tome ont été comptés (plus de 20 000 tous tomes confondus). Si je n’étais pas tombée malade juste au moment où le roman décollait vraiment, je ne doute pas qu’il se serait mieux vendu. Six ans après, l’intérêt des premiers lecteurs s’était émoussé…

Ayant créé une véritable maison d’édition pour des raisons légales et administratives, je ne bénéficie pas des mêmes outils de promotion que les auteurs autoédités. Donc pas de possibilité de promotion gratuite, et je ne souhaitais pas non plus mettre le livre électronique à un prix extrêmement bas pour attirer le chaland (mine de rien, j’estimais qu’après 17 ans de travail, je méritais de gagner un peu plus que 30 centimes par livre vendu. Peut-être une erreur de ma part, mais bon). J’ai également pris un distributeur, pour que le livre soit disponible sur toutes les librairies numériques, permettant ainsi aux lecteurs de l’acheter n’importe où et ne me limitant pas à Amazon, comme le font la plupart des auteurs autoédités (autre erreur de ma part, sans doute, mais j’ai voulu que les lecteurs aient le choix). Résultat, les quelques ventes éparpillées ne font jamais monter le roman dans les classements, et il descend peu à peu dans les abîmes du top Kindle, le seul qui pourrait apporter de la visibilité et attirer les nouveaux lecteurs.

Certes, je pourrais continuer comme ça, vendre 2 ou 3 livres numériques par mois et laisser tomber entièrement ce mode de diffusion, cependant j’ai décidé de tester un nouveau concept. Après tout, au vu des ventes quasi nulles du format électronique, je n’ai rien à perdre. J’ai eu l’idée au printemps dernier de proposer le roman gratuitement, chapitre après chapitre, comme avant. Avec la possibilité, à n’importe quel moment, d’acheter le livre papier ou le livre numérique, pour avoir la suite immédiatement, et pour avoir aussi un format plus agréable à lire. Je suis partie du concept bien pénible des jeux vidéo qui permettaient d’arriver assez loin dans l’histoire gratuitement, et qui nous balançaient un « pour la suite, achetez le jeu », en le transformant quand même (parce que voilà, c’était pénible et malhonnête car souvent ce n’était pas évident au premier abord quand on téléchargeait le jeu en question). Dans le cas de ce premier tome (et de la suite, si je décide aussi de la diffuser gratuitement en ligne), toute l’histoire sera disponible, à terme.

Un nouveau chapitre sortira chaque lundi à 8h00. Les anciens lecteurs pourront relire l’histoire s’ils le souhaitent, et peut-être que de nouveaux lecteurs découvriront la saga de cette manière, qui ne leur demande pas de dépenser direct des sous pour acheter un roman qui ne leur plairait peut-être pas. Le concept est assez particulier, je l’admets, et je l’ai gardé secret pendant tous ces mois parce que j’en ai eu un peu marre de me faire piquer toutes mes idées au cours des années, n’en parlant qu’à quelques personnes de confiance (jusque récemment, je crois que seules trois ou quatre personnes étaient dans le secret).

Au tout départ, je voulais aussi proposer une version illustrée, avec une illustration par chapitre, histoire de donner quelque chose de nouveau aux anciens lecteurs, mais je me vois mal dépenser plusieurs milliers d’euros pour avoir des illustrations à la hauteur de mes exigences (encore une fois, je suis super perfectionniste et je mets toujours la barre très haut) et ne rien gagner du tout si le concept ne fonctionne pas du tout. Mais si ça intéresse un illustrateur, je suis prête à lui reverser une partie de mes gains sur le numérique :) Je ne pouvais pas décemment proposer ça, vu que c’est quitte ou double : si ça marche, c’est génial, si ça ne marche pas, je ne gagne rien mais l’illustrateur ne gagnera rien non plus. En revanche, si quelqu’un est disposé à prendre le risque, je suis intéressée :)

Le prologue est déjà disponible, le chapitre un sortira lundi, le deux sera disponible lundi 12, et ainsi de suite. En attendant, si vous voulez partager l’article, le site, les liens vers le roman, je vous en serai très reconnaissante :)

Le site : Les Enfants de l’Ô – le roman en ligne

 

6 réponses à Le roman en ligne… pourquoi ?

  1. syl a dit :

    C’est un vrai beau cadeau de publier en ligne. C’est comme offrir un petit bout de toi. J’espère que les gens ont conscience de ce que cela représente et l’apprécient à sa juste valeur. Alors merci merci merci et mille bisous.

  2. Aurélie Sinoir a dit :

    J’espère que vous aurez la visibilité que vous méritez! J’ai tellement craqué sur le tome 1 que je me suis précipitée sur le tome 2.
    J’espère juste que la diffusion papier continuera car je les trouve très beaux.
    Bravo, et courage!

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